Le droit qui s’applique à vos données est celui de l’exploitant.

Ce n’est pas une question de qualité des outils : une IA est exploitée par une entreprise, et cette entreprise doit respecter les lois de son pays. Aux États-Unis, le Cloud Act l’oblige à remettre à la justice américaine les données qu’elle demande, où qu’elles soient hébergées, et la loi FISA autorise la surveillance des données d’étrangers. En Chine, la loi sur le renseignement oblige toute organisation à coopérer avec les services de renseignement, et l’application DeepSeek conserve les conversations sur des serveurs en Chine.

Un contrat ne change pas le droit applicable : un service américain peut être « conforme au RGPD », « hébergé en Europe » et ne pas s’entraîner sur vos données, tout en restant soumis au Cloud Act. Ces garanties sont réelles, mais elles ne couvrent pas ces accès. Avec une IA exploitée en Europe, un seul droit s’applique à vos données : le droit français et européen.

L’origine du modèle, en revanche, compte peu : un modèle chinois en accès libre comme Qwen ou DeepSeek, exploité en Europe par une plateforme souveraine, n’envoie rien en Chine.

Une question posée au Sénat, 10 juin 2025

Microsoft peut-il garantir que les données des citoyens français ne seront jamais transmises aux autorités américaines sans l’accord de la France ?

La réponse de Microsoft France, sous serment

« Non, je ne peux pas le garantir, mais, encore une fois, cela ne s’est encore jamais produit. »

Le plus haut niveau de confiance : SecNumCloud

Cette qualification de l’ANSSI exige depuis 2022 un prestataire dont le siège et les infrastructures sont en Europe, qu’aucun actionnaire non européen ne contrôle et dont aucun sous-traitant hors de l’Union ne peut accéder aux données. Sans être infaillible, c’est la meilleure protection disponible.

Elle porte sur l’hébergement, pas sur l’IA elle-même : une IA qui tourne sur un cloud qualifié, comme ceux d’OVHcloud, d’Outscale ou de Cloud Temple, est considérée comme privée. Mistral propose déjà ses modèles sur celui d’Outscale. Dans les secteurs sensibles (défense, opérateurs d’importance vitale, données classifiées), même un cloud qualifié ne suffit pas : ces données restent sur vos propres serveurs.

Pourquoi cela compte pour votre entreprise

Même si aucune autorité ne s’intéresse à vous, le choix de l’exploitant a des effets concrets sur vos clients, vos contrats et votre activité.

  • Vos clients peuvent l’exiger

    La loi SREN impose désormais à l’État de protéger ses données sensibles des accès par des autorités étrangères : si vous travaillez pour lui, ces exigences s’appliquent à vous. Et les contrats des grands donneurs d’ordre interdisent souvent de confier leurs documents à un tiers.

  • Un service peut être coupé du jour au lendemain

    En août 2025, des sanctions américaines ont visé Nicolas Guillou, juge français à la Cour pénale internationale : comptes Amazon, Airbnb et PayPal fermés, cartes Visa et Mastercard désactivées. Si votre activité repose sur des outils américains, elle dépend aussi des décisions de Washington.

  • Certaines précautions valent pour toutes les IA

    Compte volé, conversation rendue publique, données réutilisées pour l’entraînement, secret professionnel : ces précautions valent quelle que soit la nationalité du service, la française comprise. Le test ci-dessous vous concerne quand même.

Sources

Vos équipes utilisent déjà l’IA ?

Faisons le point en 30 minutes : ce qui peut rester sur les outils grand public, ce qui doit passer sur une IA européenne ou privée, et les règles à donner à vos équipes.

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